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Est-ce que j’en attends trop des autres ?

Il y a quelques temps, j’échangeais avec une amie très proche, qui me racontait qu’elle n’en pouvait plus de ne pas se sentir prise en considération par son compagnon, ses enfants, ses amis.

Au téléphone, elle m’explique qu’elle se plie en quatre pour satisfaire tout le monde :

🌼 Elle a fait de gros efforts pour améliorer les finances de son compagnon, au détriment des siennes. Pendant des mois, elle s’est privée, a surveillé la moindre dépense, a épluché leurs comptes à tous les deux, réglé les démarches administratives qui coinçaient. Désormais, sa situation à lui s’est améliorée, mais elle, elle est à découvert, à force de dépanner. « Tu crois qu’il me proposerait de m’aider? Pas du tout, il se rend même pas compte de tout ce que j’ai fait. En fait, il s’en fout complètement. »

🌼 Une autre de ses préoccupations, c’est cette amie tout le temps « fourrée » chez elle, qui lui parle incessamment et en boucle de ses problèmes de cœur. Elle lui a toujours prêté une oreille attentive. Mais depuis qu’elle s’est remise en couple, cette amie a cessé subitement de donner des nouvelles, sauf lorsque cela l’arrange.

Je lui demande si ce qui la fait souffrir, c’est qu’elle a l’impression que tout le monde se repose sur elle, sans jamais se demander si elle, elle va bien. Pour elle, c’est exactement ça. En fait, elle ne comprend pas comment ses proches peuvent être aveugles au point de ne pas remarquer son mal-être : « On ne voit que ça quand je vais mal! »

✨✨✨✨✨

Ce récit fait singulièrement écho en moi… ça me rappelle tellement de situations ! On est gentil(le), on pense au moindre détail pour rendre la vie agréable aux autres, on se sacrifie, on ne s’écoute plus, pourvu que l’autre aille bien…

…Vraiment? Ou plutôt, ne serait-ce pas un peu pourvu que l’autre nous aime, pourvu qu’il pense qu’on est super, pourvu qu’il ne puisse plus jamais se passer de nous.

Je ne pense pas que l’on ait forcément toujours l’esprit sournois et tordu et que l’on agisse nécessairement dans un but utilitariste… Je pense même que l’on peut être foncièrement empathique, sensible et sincèrement généreux la plupart du temps, mais agir parfois d’une manière déviante.

Dans le DSM-IV, il est mentionné que les personnalités borderline ont tendance à manipuler l’autre dans le but de se faire aimer. Comme je le répète toujours, je ne suis ni psy, ni médecin. Alors sur le fondement de mon expérience personnelle et à la lumière des centaines de personnes borderline que j’ai fréquentées lors de mes groupes de thérapie, je dirais sans hésiter une seconde que l’on est doté(e)s d’une vraie empathie et d’une profonde sensibilité, mais qu’on ne les utilise pas toujours « comme il faut ». A tel point que ces sentiments sincères deviennent envahissants, déplacés, pervertissent nos rapports sociaux.

Comment savoir quand j’agis sincèrement ou quand j’agis « pathologiquement », en manipulant parce que j’ai peur de me faire rejeter ?

Je serais tentée de dire, de manière un peu simpliste, que tout ce qui se fait dans l’inconfort sort du cadre de la générosité sincère et entre dans le domaine de la manipulation. Pas forcément perverse, il peut s’agir une manipulation inconsciente.

Mais quand on renonce à soi pour satisfaire l’autre, surtout quand il n’a rien demandé, on est dans un comportement un peu déviant. Cela n’empêche pas, encore une fois, d’être sincèrement généreux(se) par ailleurs.

Pour faire simple, on agit de manière pathologique quand on le fait avec l’arrière-pensée : « pourvu qu’il/elle me trouve génial(e), exceptionnel(le) ». Quand on se dit : « ils vont me trouver parfait(e), ils vont penser que je suis une fille/un homme super serviable, super altruiste » (les personnes sujettes aux troubles alimentaires, en toute franchise, vous reconnaissez-vous dans ces pensées, même ponctuelles?).

La subtilité, c’est que ces pensées sont souvent inconscientes, imperceptibles, ou alors mêlées à des sentiments sincères … qui du coup ne sont plus totalement sincères. Mais en y étant vraiment attentif, en écoutant un peu plus ses sensations, on peut les identifier.

Souvent, quand on agit pas totalement sincèrement, ça crée un petit malaise, un pincement au cœur, ou une légère tristesse. Encore faut-il se respecter suffisamment pour être capable d’identifier ce type de signaux.

Le résultat, quand on agit pour plaire à l’autre, c’est qu’on finit par se sentir épuisé(e), submergé(e), à force d’essayer de deviner ce qu’il peut désirer ou détester, d’interpréter le moindre de ses comportements, d’extrapoler chacun de ses propos, à force de se faire des films au moindre geste de sa part, d’interpréter tout ce qu’il dit ou ne dit pas.

On finit parfois par détester l’autre et par ne plus supporter  sa présence (temporairement en général, mais tout de même).

Les autres,  habitués à un certain « degré » de soutien, se retrouvent alors soudainement face à une personne froide et distante, sans comprendre ce qui a soudainement changé.

Et puis, souvent, ça se termine en crises de boulimie. Parce qu’on ne s’est doublement pas respecté : on n’a pas fait ce dont on avait envie et à la place on a fait quelque chose pour quelqu’un d’autre qui, en plus, n’en demandant pas autant, n’a pas réagi comme on l’attendait de lui ou d’elle. Au lieu d’écouter sa petite voix, on s’est dit qu’elle valait moins que la peur de se faire rejeter par une autre personne.

Comme d’habitude, je trouve que les meilleures illustrations sont les exemples très terre-à-terre du quotidien, les situations qui causent des dégâts, mais qu’on trouve trop banales pour y prêter attention.

Lorsque je travaillais dans un bureau, ce type de situations m’arrivait souvent.
Après le travail, j’ai décidé d’aller faire du sport. C’est difficile pour tout le monde de se motiver à certains moments. Moi je sais que si je ne garde pas le cap sur l’objectif et que je ne fonce pas tout droit au sport après le travail, à la place, ça va se terminer en crise de boulimie à la maison.

Tout d’un coup, un collègue passe la tête dans mon bureau et me demande si je peux le ramener en voiture. Dans ma tête : « non, je n’avais pas prévu ça, si je le ramène maintenant, c’est certain que je n’irai pas en sport. Sauf que depuis ce matin, je ne pense qu’à ça, il fallait vraiment que j’y aille ce soir… mais en même temps, si je ne le fais pas, il pensera que je ne suis pas serviable, égoïste, peut-être même qu’il le dira aux autres… »

Je lui réponds timidement, peu sûre de moi, sans doute avec une voix un peu agaçante parce que je prends des détours au lieu de dire haut et clair ce que je pense: « euh … ben … j’avais prévu…. c’est-à-dire que je voulais aller en sport, … mais bon… d’accord, j’en sais rien… ». Mon collègue ne dit rien, il attend que je lui donne une réponse franche. Ce n’est pas un ignoble manipulateur-jugeur, qui essaie de me convaincre par le regard, c’est juste quelqu’un de normal qui m’a posé une question et qui  attend un oui ou un non.

Mais moi, j’interprète sa présence comme une pression supplémentaire, je le trouve hyper oppressant de rester là, à attendre, son silence m’est insupportable. Il devrait me dire : « non, c’est bon, va en sport, je vais me débrouiller autrement et cela ne me pose aucun problème ». Mais non, il reste là, à attendre que je craque. Et péniblement, avec des larmes qui montent dans la voix et une tension croissante, je finis par lui dire, d’un air très morose, voire cassant : « non mais c’est bon, ok, je t’amène ».

Et là, tout s’effondre à l’intérieur de moi. Ce petit échange banal me fait me sentir moins que rien. Je fais passer les autres avant parce que j’ai peur de ce qu’ils pensent de moi. Mes envies, je les gérerai après, avec des larmes et des crises de nerfs et de boulimie.

Je me déteste de n’avoir pas su répondre, de n’être pas capable de m’affirmer, je me sens nulle, moche, totalement inutile.

Je me déteste d’avoir répondu avec agressivité. Je m’en sens amoindrie.

Je le déteste, lui aussi, de n’avoir pas su deviner ce qui se passait en moi. Je le trouve vraiment trop con. Je déteste tout le monde.

Je vois tout en noir.

Voici comment ça se passait systématiquement avant ma thérapie de groupe.

Je ne dis pas que je gère à merveille toutes mes relations avec les autres désormais, loin de là. Le chantier est tellement vaste que le reste de ma vie ne sera pas de trop pour apprendre à communiquer sainement.

Cependant, j’ai désormais des outils pour réfléchir, pour agir. Je dirais, pour être honnête, que 60% de mes relations avec les autres se passent encore sur ce modèle, la différence étant que j’arrive mieux qu’avant à camoufler ma « folie », mon énervement, mon hyper-émotivité ou, du moins, à les gérer davantage en privé (mieux qu’avant, mais pas totalement).

Les 40% restants se passent plus sereinement : j’ai tenté, je me suis lancée. J’ai essayé de voir ce que ça faisait de s’affirmer, sans violence. Par exemple, à ce collègue, j’ai fini par dire, avec un sourire sincère (important, la sincérité du sourire, sinon on ne se sent pas bien non plus) et un ton ferme mais doux : « oh, je suis désolée, mais ce soir je vais en sport. La prochaine fois, peut-être… si je n’ai rien de prévu, bien sûr ? ». Ce collègue ne s’est pas mis à me détester ou à me pourrir auprès de tout le monde. Il a simplement cherché quelqu’un d’autre pour le ramener.

Cela a l’air tout simple, mais c’est extrêmement compliqué à gérer lorsque l’on n’a pas appris à s’affirmer. Et, justement, tout réside dans ce genre d’échanges.

Pour les personnes boulimiques : c’est typiquement en parvenant à résoudre ce genre de situations avec diplomatie, bienveillance et douceur, mais en se respectant, que progressivement on arrête de faire des crises de boulimie. Pourquoi? C’est le grand mystère, mais c’est la vérité (c’est toute l’approche de la thérapie de Catherine Hervais).

Comment on fait, pour moins en attendre des autres et pour mieux communiquer ?
🌻 Les autres ne nous doivent pas de deviner ce qui se passe dans notre tête, ils n’ont pas à lire dans nos pensées, on n’a pas à attendre cela d’eux.

Dans les relations « normales », c’est-à-dire quand la communication est saine, les gens disent ce qui leur plaît ou pas et le font sur le moment, à chaque fois que l’occasion se présente ET de manière non violente. En ne disant rien, on le paye en boulimies et puis, c’est bien connu, un jour on finit un jour par craquer pour une chose insignifiante et par exploser. Et alors qu’on est dans cet état parce qu’on a trop « aidé » les autres, on passe pour un(e) fou(lle) hystérique, qui « pète un câble » tout(e) seul(e). La situation se retourne contre nous et, là encore, on est doublement puni(e) : pour ne pas s’être écouté(e) au profit des autres et pour ne pas en tirer les retombées qu’on attendait.

🌻 Ce conseil-ci est assez dur à encaisser : la plupart du temps, personne ne nous demande de nous plier en quatre.

C’est notre problème si on a décidé de rendre service et de nous sacrifier jusqu’à l’épuisement. Cela peut même agacer, ou mettre mal à l’aise les autres, qui ont généralement envie d’une relation saine, légère, sereine et pas de se retrouver en face d’une girouette qui fait tout (ce qu’elle pense bon) pour leur rendre la vie agréable. Appréciez-vous la compagnie des personnes incapables d’être vraiment avec vous parce qu’elles sont préoccupées par un tas de choses et se montrent extrêmement anxieuses de comment vous vous sentez, sans même vous regarder vraiment ? (je me permets d’être un peu dure, parce que je suis moi-même comme ça).

Les gens dont la compagnie est la plus agréable sont souvent ceux qui ne s’écrasent pas pour les autres et savent dire ce qui leur convient ou pas. Ils acceptent de déplaire, lorsque cela est bon pour eux. Ils préféreront négliger un peu l’autre et garder leur côté pétillant.

✨✨✨✨✨

Au moment où j’écris cet article, je me trouve dans des circonstances un peu particulières : ce week-end, ma grande famille recomposée s’est réunie et ce sont toujours des occasions qui font remonter beaucoup d’émotions et dans lesquelles mes côtés pathologiques ont tendance à resurgir.

Je me suis rendue compte que j’ai tendance à demander aux gens si je peux faire quelque chose pour eux, si je peux aider, parce que cela m’angoisse de faire ce dont j’ai envie, alors que potentiellement quelqu’un pourrait avoir besoin de moi ou attendre quelque chose de moi (et pas parce que j’ai sincèrement envie d’aider).

J’aime aussi savoir que tout est « réglé », que le champ est libre, comme si en quelque sorte mon envie passait toujours après tout le reste : mettre la table, faire la vaisselle, aider en cuisine (ce matin, je me fais une violence extrême pour terminer cet article au lieu d’aller proposer mon aide ; mon amoureux est un super allié, parce qu’il m’a aidé à me mettre dans les bonnes conditions pour finir ce post et j’ignore si j’y serais parvenue seule).

Parfois, j’ai vraiment, sincèrement envie de passer du temps à éplucher des pommes de terre avec ma famille. Cela me fait plaisir, ça me rend heureuse et j’ai envie d’aider. Mais d’autres fois, non, pas vraiment. J’ai envie de faire plein d’autres choses. Alors je propose mon aide sans sincérité, dans l’espoir que l’autre calmera ma propre angoisse.
Sauf que quand les autres acceptent, je suis terriblement frustrée de ne pas faire ce que je veux. Je me sens totalement vide, j’ai l’impression de rater ma vie (la dramatisation de la personnalité borderline 🙂 ), je suis tendue, agitée.

Ça se finit en boulimie, systématiquement. C’est ce qui m’est arrivé ce week-end. J’avais très envie de travailler des morceaux de guitare (une envie vitale!), mais à la place, j’ai proposé mon aide (??!!!) et je n’ai pas supporté cette situation, donc j’ai englouti les restes du petit-déjeuner.

En fait, ce que je veux dire, c’est que je partage des solutions théoriques dont je suis convaincue de l’efficacité, mais je sais à quel point elles demandent de l’énergie pour être appliquées, pour la simple et bonne raison que j’ai moi-même énormément de mal à les mettre en oeuvre. C’est un vrai exercice, vraiment difficile. Comme j’ai pu le dire dans d’autres publications, je suis fermement convaincue de l’impérieuse nécessité de suivre ses envies, surtout quand on souffre ou qu’on a souffert d’une addiction.

Le premier stade, c’est de s’affirmer vis-à-vis de soi-même, de respecter vraiment ces envies, sans les juger.
Le stade supérieur, qui ne peut se produire que si le premier est respecté, c’est de considérer ses envies comme valables et légitimes même quand les autres ne les comprennent pas ou ne les valident pas, même s’ils ne trouvent pas cela « sérieux ». Et ça, c’est très très difficile quand on vit avec la peur du rejet. Mais c’est en s’affirmant dans les petites situations du quotidien que l’addiction à la nourriture finit par disparaître.

Alors pour conclure cet article, plus que jamais je vous invite à dire comment vous faites vous, pour vous affirmer avec douceur. C’est vraiment important de partager les astuces de communication, c’est ce qui fait avancer. Ce n’est pas quelque chose que l’on improvise, c’est vraiment un art et c’est ce qui rend heureux.

Avec toute mon amitié

💛 Masha

Bienvenue sur Bouledevie.com! Je suis Masha, une boulimique qui s’en est sortie 🙂 Pendant des années et des années, j’ai été boulimique active (je faisais plusieurs crises de boulimie par jour). Pendant tout ce temps, j’ai souffert quotidiennement de ne pas trouver davantage de contenu, de témoignages ou de conseils d’autres personnes boulimiques sur le web. J’avais le sentiment que tant que je n’avais pas les moyens de m’offrir une thérapie, je devais juste me contenter de souffrir et d’attendre. Bien sûr, il existait et existe de nombreux blogs « journaux intimes », mais j’avais cruellement besoin de messages d’espoir et de solutions concrètes, pas de simplement lire les souffrances des autres. Lorsque j’ai commencé ma thérapie (comme de nombreux[ses] boulimiques francophones qui s’en sont sorti, j’ai suivi les groupes de Catherine Hervais), je me suis très vite rendue compte que j’aurais déjà pu avancer par moi-même si j’avais trouvé les bonnes infos et les bons messages sur Internet. De toute évidence, cela n’aurait pas suffi à me libérer de mes boulimies pour de bon ou à m’apprendre à vivre et à communiquer en toute sérénité, mais cela m’aurait très certainement permis de moins souffrir au quotidien. Je me suis promis que, dès que j’en aurais l’énergie, je contribuerai humblement à la transmission de tout ce que j’avais appris sur la boulimie et l’addiction alimentaire au cours de toutes ces années. Je ne suis pas médecin, ni psy. Je n’ai aucun diplôme médical ou paramédical. Je n’ai en aucun cas l’ambition ou le projet de vous donner des conseils d’ordre médical. Ce site ne se substitue pas en aucun à un suivi médical ou psy. Les constats et conseils que je partage ici sont fondés sur ma propre expérience et sur celle des personnes que j’ai rencontré jusqu’à présent, y compris lors des groupes de thérapie. Ce dont je suis certaine, c’est qu’on peut se libérer de la boulimie à tout âge, si on fait les bons choix et qu’on concentre son énergie sur les vrais enjeux. Je prends un grand plaisir à en apprendre tous les jours sur la boulimie et les personnalités borderline et davantage encore à partager tout cela avec vous. C’est toujours une grande joie pour moi de recevoir vos gentils commentaires ou vos suggestions d’amélioration. Je reste également toujours disponible par mail (bouledevie@gmail.com), si vous avez besoin d’échanger. Vous pouvez suivre boule de vie sur Twitter, Instagram ou Facebook Amicalement et chaleureusement, ❤ Masha

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