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Etre boulimique, c’est quoi?

 

This article is also available in English : What is bulima, really?

Peut-être êtes vous tombé(e) sur cet article parce que vous vous demandiez ce qu’est la boulimie, comment on en sort, ou encore comment se vit concrètement la dépendance alimentaire.

On se fait tout un tas d’idées sur la boulimie et la dépendance alimentaire.

Commençons par quelques unes des idées reçues les plus communément répandues dans l’imaginaire collectif sur les boulimiques et les personnes présentant une addiction à la nourriture :

« Les boulimiques sont des gens qui ont un gros appétit/ de mauvaises habitudes alimentaires/ ne savent pas se contrôler/ n’ont pas de volonté/ diabolisent certains aliments, ce qui pervertit leur rapport à la nourriture/ sont obsédés par leur apparence/ mangent beaucoup et se font vomir ensuite pour garder la ligne. » Bien évidemment, il y en a plein d’autres.

 

La boulimie n’est pas un problème de comportement alimentaire

La réalité est un peu plus compliquée que cela : aussi bizarre que cela puisse paraître, la boulimie n’est en fait pas tellement un problème alimentaire. Certes, une « crise de boulimie » consiste à manger beaucoup très vite. Mais, paradoxalement, ceci n’est qu’un détail.  Je laisse les définitions théoriques et scientifiques de l’addiction alimentaire aux praticiens certifiés et me contenterai de parler de ce que je sais : comment ça se passe concrètement dans la tête d’une boulimique au quotidien.

Quand on est boulimique, on est presque comme tout le monde. Depuis l’extérieur, on donne l’impression d’être des personnes plutôt équilibrées, qui savent où elles vont, assez à l’aise en société et qui se débrouillent bien, voire parfois très bien professionnellement. Il y a bien ce petit facteur « étrange » ou « un peu à part », mais rien de très choquant, surtout lorsque les relations restent superficielles.

En fait, nous sommes un peu comme des aliens parmi les humains : tout en ayant l’apparence et les attributs de la normalité, on n’est pas totalement à notre place.

 

Dans la tête d’une personne boulimique

La plupart du temps, on commence la journée dans un état plus ou moins normal. Même s’il nous arrive de nous lever en étant déjà dans un état d’agitation ou de déprime avancées, on se sent généralement suffisamment fort(e) pour avoir l’illusion qu’aujourd’hui, on résistera aux assauts de la nourriture, quoi qu’il arrive.

Chaque jour donc, nouveau départ, remise à zéro : quand on n’est pas déjà complètement déprimé(e) en se levant le matin, on a foi en la réalisation de notre lot d’objectifs journaliers, parmi lesquels, le plus obsédant : « aujourd’hui, je mangerai comme une personne normale / aujourd’hui, je ne ferai pas de crise de boulimie »… etc

Et, la plupart du temps, quelles que soient les circonstances, presque toutes nos pensées quotidiennes tournent autour de la nourriture : ce que l’on va manger, quand, comment et surtout, comment va-t-on résister à une crise éventuelle.

Seulement, au cours de la journée, la tension monte et chaque événement qui « cloche » ou vient perturber notre bulle de survie augmente un peu plus notre état d’agitation nerveuse : un regard de travers ; un bonjour pas suffisamment chaleureux ; des ruminations sur des conversations passées ou tout simplement une introspection et des réflexions sur nous-même, le plus souvent anxiogènes et négatives (ou parfois excessivement auto-glorifiantes l’espace d’un instant… puis de nouveau désespérément dégradantes).

Notre bavardage mental incessant et envahissant nous met à genoux tout doucement, au fil des heures.

Contre toute attente, cette activité mentale ne comble pas pas notre monde intérieur : au contraire, elles s’accompagne généralement d’un profond sentiment de vide et de vacuité absolument angoissants.

Je peux tout à fait comprendre qu’il soit difficile pour des personnes non boulimiques de concevoir à quel point il est possible de donner l’apparence de gérer son quotidien, tout en vivant la plupart du temps dans une profonde détresse (à la fois psychique, émotionnelle et physique… en tout cas tout à fait réelle, pas seulement « dans la tête »).

Tout le monde, absolument tout le monde, a des passages à vide. Seulement, chez les personnes addicts à la nourriture (tant qu’elles n’ont pas encore les outils pour aller mieux), la vie est comme un grand passage à vide permanent, entrecoupé de quelques moments d’ensoleillement. Comme la situation n’est pas toujours dramatique au point de ne plus supporter la vie (parfois si, malheureusement) et, dans la mesure où les personnes boulimiques comme leur entourage ont tendance à sous-estimer ce qui se passe, celles-ci gardent le cap tant bien que mal et font illusion, parfois à merveille.

 

Lorsque cet état de tension nerveuse accumulée depuis le lever atteint un niveau insupportable, la seule chose qui calme efficacement, c’est de manger beaucoup.  On a beau essayer de se débattre contre cela, de trouver des alternatives, ou de se faire violence, on finit inéluctablement par rechuter. Selon la capacité que l’on a à supporter cette tension et ce vide intérieurs sur le moment, on retombe dans les crises à des fréquences variables : parfois plusieurs fois par jour, parfois une fois par jour, parfois une fois par semaine. En fait, peu importe que l’on « craque » ou non, l’obsession de la nourriture, elle, est bien présente.

 

La boulimie se définit par l’obsession permanente pour la nourriture

On peut être gourmand dans ses crises de boulimie, ou simplement engouffrer n’importe quoi au hasard ; on peut se faire vomir à l’issue d’une  crise ou pas ; on peut se faire une violence inouïe pour résister à une crise de boulimie. En fait, peu importe quand on mange, ce que l’on mange et, peu importe qu’on le vomisse ou non : ce qui fait d’une personne qu’elle est boulimique, c’est l’obsession permanente qu’elle a pour la nourriture.

Une personne constamment obsédée par la nourriture et se situant dans un état d’agitation nerveuse diffuse ou extrême, mais qui ne fait pas de crise de boulimie parce qu’elle se fait violence est tout simplement… un(e) boulimique qui s’est empêché de faire une crise.

Une première étape pour s’en sortir est donc de comprendre et d’intégrer qu’après chaque crise de boulimie, quand  bien même la détermination de ne pas retomber est à son paroxysme, la personne boulimique reprend inéluctablement le chemin glissant qui la mène vers la prochaine crise. Quoi qu’elle fasse, aussi forte puisse être sa lutte, elle retombera dans les prochaines minutes, heures, jours ou semaines. Et cela reste le cas tant qu’elle n’a pas compris que le problème n’est pas alimentaire, qu’il ne s’agit pas d’un problème de volonté mais que cela résulte de son sentiment profond d’insignifiance et de vide intérieur et d’une multitude de croyances très ancrées, qui rendent le quotidien extrêmement pénible à supporter.

Il est donc vital d’arrêter dès maintenant de s’attaquer au mauvais ennemi. Comment? En acceptant que, pour le moment, les boulimies permettent de continuer à vivre et à ne pas devenir dingue. Donc en arrêtant de s’en vouloir ou de penser qu’on peut les contrôler (j’aborde ce sujet dans d’autres articles de ce site). La volonté n’est pas la réponse ici, car il s’agit d’une véritable addiction. On peut empêcher les symptômes de l’addiction (la crise de boulimie) de se produire, on en reste pas moins addict et en apnée totale. Et ce n’est pas une solution viable pour vivre sa vie.

 

Si des proches de personnes présentant des rapports compliqués à la nourriture lisent cet article : mon plus grand conseil est de ne plus vous mêler de l’alimentation de la personne concernée, même si c’est dur, même si vous vous inquiétez. La personne concernée fait comme elle peut, elle sait que faire des crises de boulimie et éventuellement se faire vomir est mauvais pour la santé et si elle pouvait faire n’importe quoi d’autre à la place, elle le ferait : mais pour le momentelle ne peut pas faire autrement et les crises la protègent d’un pétage de plomb beaucoup plus grave.

 

Cet article est une première approche très générale de la question de l’addiction alimentaire et de la boulimie. Vous trouverez sur ce site de nombreux autres articles reprenant plus dans le détail les thématiques évoquées avec, je l’espère, des solutions pour vous aider au quotidien.

Tous les commentaires, questions, avis suggestions ou idées me sont extrêmement précieux. Sentez-vous libres de vous exprimer ci-dessous! Si vous n’osez pas poster de commentaire, vous pouvez toujours m’envoyer un mail à bouledevie@gmail.com et je me ferai le plaisir d’y répondre personnellement.

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Amitiés,

<3 Masha

Bienvenue sur Bouledevie.com! Je suis Masha, une boulimique qui s’en est sortie 🙂 Pendant des années et des années, j’ai été boulimique active (je faisais plusieurs crises de boulimie par jour). Pendant tout ce temps, j’ai souffert quotidiennement de ne pas trouver davantage de contenu, de témoignages ou de conseils d’autres personnes boulimiques sur le web. J’avais le sentiment que tant que je n’avais pas les moyens de m’offrir une thérapie, je devais juste me contenter de souffrir et d’attendre. Bien sûr, il existait et existe de nombreux blogs « journaux intimes », mais j’avais cruellement besoin de messages d’espoir et de solutions concrètes, pas de simplement lire les souffrances des autres. Lorsque j’ai commencé ma thérapie (comme de nombreux[ses] boulimiques francophones qui s’en sont sorti, j’ai suivi les groupes de Catherine Hervais), je me suis très vite rendue compte que j’aurais déjà pu avancer par moi-même si j’avais trouvé les bonnes infos et les bons messages sur Internet. De toute évidence, cela n’aurait pas suffi à me libérer de mes boulimies pour de bon ou à m’apprendre à vivre et à communiquer en toute sérénité, mais cela m’aurait très certainement permis de moins souffrir au quotidien. Je me suis promis que, dès que j’en aurais l’énergie, je contribuerai humblement à la transmission de tout ce que j’avais appris sur la boulimie et l’addiction alimentaire au cours de toutes ces années. Je ne suis pas médecin, ni psy. Je n’ai aucun diplôme médical ou paramédical. Je n’ai en aucun cas l’ambition ou le projet de vous donner des conseils d’ordre médical. Ce site ne se substitue pas en aucun à un suivi médical ou psy. Les constats et conseils que je partage ici sont fondés sur ma propre expérience et sur celle des personnes que j’ai rencontré jusqu’à présent, y compris lors des groupes de thérapie. Ce dont je suis certaine, c’est qu’on peut se libérer de la boulimie à tout âge, si on fait les bons choix et qu’on concentre son énergie sur les vrais enjeux. Je prends un grand plaisir à en apprendre tous les jours sur la boulimie et les personnalités borderline et davantage encore à partager tout cela avec vous. C’est toujours une grande joie pour moi de recevoir vos gentils commentaires ou vos suggestions d’amélioration. Je reste également toujours disponible par mail (bouledevie@gmail.com), si vous avez besoin d’échanger. Vous pouvez suivre boule de vie sur Twitter, Instagram ou Facebook Amicalement et chaleureusement, ❤ Masha

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