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Conseils aux proches de boulimiques

Cet article s’adresse aux personnes ayant dans leur entourage un proche éprouvant des rapports difficiles avec la nourriture, peu importe que ce dernier reconnaisse être victime de troubles alimentaires ou non.

Si, de toute évidence, la personne dépendante alimentaire, qu’elle soit boulimique ou sujette à toute autre forme de trouble alimentaire, est en souffrance au quotidien, fréquenter une telle personne, surtout lorsque elle nous est chère, peut générer de réels sentiments d’impuissance, de culpabilité et, parfois, d’exaspération.

Même si vous avez parfois l’impression de tout faire de travers avec votre proche boulimique ou anorexique, cela n’est en aucun cas de votre faute.

En tant qu’ancienne boulimique, je sais à quel point j’ai souffert, mais également à quel point j’ai pu faire souffrir mes proches, principalement par incompréhension du problème. Lorsque l’on est boulimique ou anorexique, on a trop à faire avec soi-même pour établir des relations totalement saines avec les autres.

Une fois que vous comprendrez mieux les mécanismes des troubles alimentaires, vos relations avec votre proche addict pourront être plus simples et plus légères. Le temps que la personne qui vous est chère se libère de sa dépendance, voici un article qui vous aidera à adapter votre comportement à son égard.

Mon conseil le plus précieux

Si je ne devais vous donner qu’un seul conseil, je vous donnerais celui-ci :

Contentez-vous d’apporter une présence réconfortante, sans juger ni chercher à aider.

✨✨✨✨✨

  1. Ne jugez pas votre proche

Les troubles alimentaires semblent parfois désolants de simplicité. Lorsque l’on n’en souffre pas soi-même, on peut avoir l’impression que la personne addict fait preuve de mauvaise volonté, voire qu’elle se gâche volontairement la vie.
Si vous n’avez vous-même jamais vécu le trouble alimentaire, vous ne pouvez que me croire sur parole : l’addiction alimentaire n’est pas une forme d’addiction secondaire, ou plus facile à vivre que d’autres. Il s’agit encore moins d’un trouble résultant d’un déficit de volonté.

[Voir article: Etre boulimique, c’est quoi? ]

Si les personnes boulimiques ou anorexiques avaient la possibilité de faire autrement, elles le feraient.

Peut-être êtes-vous surpris(e) de constater que dans d’autres domaines de leur vie, elles s’en sortent très bien? Oui, justement! L’addiction alimentaire est plus forte que la simple volonté : elle n’est ni une mauvaise habitude, ni un signe de paresse.

Même si vous ne comprenez pas vraiment le fond du problème, interdisez-vous de juger et sachez que votre proche boulimique fait ce qu’il/elle peut pour s’en sortir.

Je ne doute pas que vous soyez une personne bienveillante, puisque vous cherchez visiblement à améliorer vos relations avec votre proche boulimique ou anorexique. J’imagine que vous aimeriez sans doute aussi l’aider.

2. Comment venir en aide à un proche qui souffre de troubles alimentaires?

En ne cherchant pas à l’aider.

Aussi difficile cela puisse-t-il être à accepter, il vous faut à tout prix arrêter dès maintenant de vouloir aider votre proche, si c’est ce que vous faisiez jusqu’à présent.

Chaque fois que vous vous surprenez à vouloir donner un conseil ou une suggestion à une personne souffrant de troubles alimentaires sans qu’elle vous l’ait demandé, même si c’est juste pour être gentil(le), abstenez-vous.

“Oui mais, de toute évidence, cette personne a besoin d’aide !”

En effet, mais pas de n’importe quelle aide. Retenez bien une chose : toutes les personnes boulimiques ont des connaissances étendues dans le domaine de la diététique et de la santé. Elles savent ce qui est bon pour leur corps ou pas, connaissent toutes les astuces minceur du monde…

S’il leur suffisait d’appliquer de simples règles de bon sens pour se débarrasser de leur rapport compliqué à la nourriture, elles seraient sorties de leur trouble alimentaire depuis bien longtemps.

Evitez par-dessus tout les conseils ou les suggestions tous faits. Généralement, il s’agit de toutes les phrases qui commencent par “et si” ou “tu n’as qu’à”.

Par exemple :

“Et si, au lieu de faire une crise, tu faisais du sport ?”…

“Si tu ne peux pas t’empêcher de faire une crise, tu n’as qu’à manger que des trucs sains plutôt que des trucs caloriques. Tu n’as qu’à faire une crise de boulimie avec uniquement des fruits et des légumes.”…

“Et si tu essayais de boire un verre d’eau à la place? Souvent, on pense qu’on a faim alors qu’en fait on a simplement soif.”…

“Quand tu as envie de faire une crise, tu n’as qu’à m’appeler à la place.”…

Ou, pire que tout (et j’espère que vous ne le faites pas), la réprimande :

“Tu n’as vraiment aucune volonté”

“Prends-toi en main un peu”

“Arrête de bouffer”

Bien sûr, ce type de “conseils” ou de mises en garde partent d’un sentiment bienveillant. Pour autant, loin d’être réconfortants, ils vous éloignent au contraire de votre proche.

3. Les conseils, surtout non sollicités, nuisent à la relation

— La plupart des astuces santé et minceur les plus connus sont inopérants chez les boulimiques anorexiques. Un(e) boulimique sur le point de faire une crise ressent une telle agitation nerveuse qu’il/elle est vraiment très loin du verre d’eau, du journal de bord tant recommandé par les diététiciens ou du petit tour dans le quartier “pour se calmer”.

Je ne dis pas que ces conseils sont mauvais en général. Simplement, pour une personne sujette aux troubles alimentaires, c’est comme proposer d’appliquer un petit pansement sur une plaie béante.

Toutes ces astuces, si simples en apparence, les boulimiques ou anorexiques les ont déjà lues cent fois et se demandent pourquoi il/elles sont incapables de les appliquer et pourquoi elles semblent fonctionner chez tout le monde sauf chez eux/elles. En leur rappelant ces règles présumées “de bon sens”, vous leur infligez sans le vouloir un sentiment de désespoir et de nullité.

— Par ailleurs, des conseils mal placés, surtout s’ils ne sont pas demandés, rendent la relation pesante et vous éloignent de votre proche. La personne qui les reçoit se sent généralement incomprise et, à terme, risque de ne plus se confier facilement à vous. Malgré vous, votre présence devient trop moralisatrice et perd en légèreté, créant une amertume qui érode progressivement le lien qui vous unit.

Dans toute relation en général, à plus forte raison lorsque l’autre personne souffre d’un trouble de quelconque nature, notre rôle n’est pas de donner des conseils à l’autre. Les conseils créent juste un stress inutile et, pire, peuvent inciter à poursuivre davantage dans une voie qui n’est pas la bonne (par exemple, renforcer l’idée reçue selon laquelle on combat la boulimie en s’attaquant aux mauvaises habitudes alimentaires).

« Mais c’est lui/elle qui me demande de l’aide! »

Oui, bien évidemment, les personnes boulimiques (généralement pas les anorexiques), demandent souvent de l’aide à leurs proches. Comme les personnes addict à la cigarette, qui demandent à leurs amis de les empêcher de fumer et font tout pour leur échapper ensuite. Tout simplement, parce que ce n’est pas comme ça que l’on règle un problème d’addiction.

Ainsi, quand bien même, dans un élan de bonne volonté, la personne boulimique vous demande de l’aider (« la prochaine fois que je veux faire une crise, tu m’en empêches”), ne vous engagez pas formellement à quoi que ce soit. Assurez-la simplement que vous serez là pour elle quand elle en aura besoin.

4. Apportez une présence réconfortante, mais prenez avant tout soin de vous-même

Assister à la manifestation de l’addiction alimentaire peut être une réelle source d’angoisse : on a l’impression que la personne qui compte pour nous s’auto-détruit et cela peut être douloureux à vivre.

Sachez que vous n’êtes en rien responsable de cette situation et que la dernière à chose à faire est d’ajouter votre propre angoisse à celle de la personne dépendante alimentaire.

— Dédramatisez autant que possible, restez léger, essayez de ne pas trop faire attention à ce qui se passe. Je sais que cela peut paraître compliqué à croire, mais c’est vraiment la meilleure chose à faire : ne donnez pas à l’addiction plus d’importance qu’elle n’en occupe déjà dans la vie de la personne dépendante. Même si vous avez l’impression que cette personne gâche sa vie ou fait n’importe quoi, je vous rappelle qu’elle fait exactement ce qu’elle peut.

Si cela peut vous rassurer, sachez que les personnes boulimiques ont un fort instinct de survie. La boulimie elle-même est un réflexe de rattachement à la vie. Ces personnes peuvent faire « n’importe quoi » pendant quelques temps, parfois pendant de très longues périodes, mais elles retrouvent leurs élans vitaux à un moment ou à un autre.

— Par ailleurs, les personnes sujettes aux troubles alimentaires peuvent être très difficiles à vivre par moments.

Il arrive même qu’elles repoussent leurs proches (parfois avec violence), ou coupent subitement les ponts.

N’oubliez pas de faire avant tout attention à vous et de préserver votre joie de vivre. Le trouble alimentaire s’accompagne d’états d’angoisse et d’agitation nerveuse si présents au quotidien, qu’ils ne permettent pas de prendre soin des autres. Votre proche est tellement préoccupé(e) par sa propre douleur, qu’il/elle n’a pas la possibilité d’entretenir des relations émotionnellement saines pour le moment.

Ne laissez pas l’addiction de votre proche ternir votre propre enthousiasme pour la vie. Vous ne pouvez rien faire pour l’aider, sinon rayonner de votre prore joie de vivre et la laisser gérer ses émotions aux mieux au quotidien, sans la juger, ni la forcer à changer quoi que ce soit.

5. En résumé

Prenez de la distance par rapport à l’addiction.

Je conçois qu’il puisse être intolérable de voir son proche boulimique se faire du mal et de lire qu’on ne doit pas l’aider. J’imagine que, lorsque l’on a un enfant boulimique par exemple, il est extrêmement difficile de renoncer à vouloir l’aider et à l’empêcher de faire des crises. Je vous assure que brandir des règles nutritionnelles ne fera que l’éloigner de vous. Laissez votre proche gérer cette partie de sa vie sans interférer, il/elle fait comme il/elle peut.

Si vraiment vous voulez aider, attachez-vous seulement à maintenir une bonne atmosphère à la maison, à en faire un endroit réconfortant émotionnellement, à rester à l’écoute et à essayer de rester léger.

Ne vous en faites pas trop. Je rappelle encore une fois que les boulimiques ont un très fort instinct de survie,… c’est pour ça qu’ils sont boulimiques ! Même si vous avez l’impression que votre proche tombe très bas, ne vous inquiétez pas outre mesure. Restez simplement là pour elle ou lui et ne manifestez pas votre angoisse. Vous pourrez en parler à un moment où les choses seront tassées.

— N’abordez pas de vous-même le sujet du trouble alimentaire.
Si votre proche l’aborde spontanément, apportez autant que possible une oreille attentive et empathique, sans donner de conseils. Si il/elle vous en demande, dites-lui quelque chose comme : “je comprends que ce que tu traverses est vraiment très difficile. Je ne sais pas s’il est possible de l’imaginer tant qu’on ne le vit pas soi-même. J’ai envie d’être là pour toi et de t’aider à prendre soin de toi.”

Ne donnez pas de suggestions de conduite alimentaire.

N’essayez jamais d’empêcher une personne boulimique de s’isoler pour faire une crise.

6. Suggestions de lecture

Je ne peux que vous conseiller la lecture du “Guide de survie pour vous et vos proches”, de Catherine Hervais. N’hésitez pas à consulter également le site boulimie.fr et notamment la rubrique « Entourage – parents et proches« .

✨✨✨✨✨

J’espère que cet article vous aidera à améliorer vos relations avec votre proche addict et vous aidera surtout à vous sentir mieux face à son addiction.

Tous vos commentaires ou suggestions sont les bienvenus. Si vous le souhaitez, vous pouvez m’envoyer un mail à bouledevie@gmail.com, j’y répondrai personnellement ET avec plaisir 🙂

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<3 Masha

Bienvenue sur Bouledevie.com! Je suis Masha, une boulimique qui s’en est sortie 🙂 Pendant des années et des années, j’ai été boulimique active (je faisais plusieurs crises de boulimie par jour). Pendant tout ce temps, j’ai souffert quotidiennement de ne pas trouver davantage de contenu, de témoignages ou de conseils d’autres personnes boulimiques sur le web. J’avais le sentiment que tant que je n’avais pas les moyens de m’offrir une thérapie, je devais juste me contenter de souffrir et d’attendre. Bien sûr, il existait et existe de nombreux blogs « journaux intimes », mais j’avais cruellement besoin de messages d’espoir et de solutions concrètes, pas de simplement lire les souffrances des autres. Lorsque j’ai commencé ma thérapie (comme de nombreux[ses] boulimiques francophones qui s’en sont sorti, j’ai suivi les groupes de Catherine Hervais), je me suis très vite rendue compte que j’aurais déjà pu avancer par moi-même si j’avais trouvé les bonnes infos et les bons messages sur Internet. De toute évidence, cela n’aurait pas suffi à me libérer de mes boulimies pour de bon ou à m’apprendre à vivre et à communiquer en toute sérénité, mais cela m’aurait très certainement permis de moins souffrir au quotidien. Je me suis promis que, dès que j’en aurais l’énergie, je contribuerai humblement à la transmission de tout ce que j’avais appris sur la boulimie et l’addiction alimentaire au cours de toutes ces années. Je ne suis pas médecin, ni psy. Je n’ai aucun diplôme médical ou paramédical. Je n’ai en aucun cas l’ambition ou le projet de vous donner des conseils d’ordre médical. Ce site ne se substitue pas en aucun à un suivi médical ou psy. Les constats et conseils que je partage ici sont fondés sur ma propre expérience et sur celle des personnes que j’ai rencontré jusqu’à présent, y compris lors des groupes de thérapie. Ce dont je suis certaine, c’est qu’on peut se libérer de la boulimie à tout âge, si on fait les bons choix et qu’on concentre son énergie sur les vrais enjeux. Je prends un grand plaisir à en apprendre tous les jours sur la boulimie et les personnalités borderline et davantage encore à partager tout cela avec vous. C’est toujours une grande joie pour moi de recevoir vos gentils commentaires ou vos suggestions d’amélioration. Je reste également toujours disponible par mail (bouledevie@gmail.com), si vous avez besoin d’échanger. Vous pouvez suivre boule de vie sur Twitter, Instagram ou Facebook Amicalement et chaleureusement, ❤ Masha

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