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La boulimie, un réflexe de révolte

« C’est marrant que ça te passionne autant, les boulimiques. »

Oui, ça me passionne, la boulimie, parce que ce n’est pas juste une affaire de gens qui mangent trop, qui se font vomir ou qui comptent leur petits pois.

C’est une histoire de personnalités passionnées et en ébullition à qui on a dit de rester bien sages.

La boulimie, ce n’est pas seulement « un réflexe de survie* ».

C’est un réflexe de révolte.

La révolte sourde de la femme ou de l’homme qui se laisse étouffer, tout en s’en indignant au plus profond de son inconscient.

N’ayant, pour une raison ou une autre, pas eu le droit ou la possibilité d’exprimer sa vraie personnalité, de déranger, de déplaire, la personne boulimique, en manque cruel d’individuation, retourne tout ce qu’elle ne peut exprimer en une secrète colère tournée contre elle-même.

Dans l’intimité de ses crises de boulimie, elle s’anesthésie par la bouffe, tout en se faisant payer les petites et grandes blessures du quotidien, tous ces micro-manques de respect qu’elle s’inflige sans le savoir, ou qu’elle laisse les autres lui infliger.

Et le plus douloureux, c’est de ne même pas se rendre compte qu’on est tout le temps « à côté ».

Une personnalité qui s’est construite dans l’obsession de ne pas se faire rejeter – que ce soit en disant oui à tout, ou en coupant complètement les liens sociaux – ne sait même pas où sont ses limites.

Elle ne sait même pas si elle a des limites.

En fait, elle ne sait même pas si elle a le droit d’avoir des limites.

 « C’est comme si j’avais deux parties en moi, qui luttent l’une contre l’autre ». Un constat de dualité qui revient très souvent dans le discours des personnes que j’accompagne.



La boulimie – et toutes ses déclinaisons – c’est le réflexe de révolte d’une personnalité atypique, chatoyante, hors du commun et pourtant atrophiée, qui, à défaut de se sentir aimée, ne serait-ce qu’un tout petit peu, s’est construite avec l’idée qu’elle devait être admirée et acceptée

Et en même temps, elle éprouve une envie vitale de prendre son envol et de s’adonner à des missions de vie qui elles, peuvent potentiellement heurter, déplaire, interroger.

La personne boulimique se forge une armure de perfection pour cacher au reste du monde le nœud d’angoisse et de haine d’elle-même qu’elle entretient.

Et quand le risque d’être démasquée est trop fort, elle préfère se cacher et fuir. Tout sauf le rejet. Tout sauf l’abandon.

La boulimie cristallise la profonde révolte de cette partie enchaînée et révoltée de soi.

C’est comme si une partie de l’inconscient, rêvant de grandes choses, d’entreprises audacieuses, d’un quotidien riche et créatif, était coincé dans une pièce sombre. Il tambourine à la porte et ne demande qu’à sortir, mais les croyances limitantes, le manque cruel d’estime de soi, les pensées négatives, diffusées en continu, sont de redoutables gardiens qui gardent la porte bien fermée.

Le réflexe de révolte appliqué à la vraie vie, ça donne quoi ?

C’est dans les situations les plus simples que les douleurs sont les plus grandes.

C’est la fille qui voudrait se lâcher sur la piste de danse, mais qui reste crispée à l’écart, paralysée par ses pensées qui lui disent qu’elle est gourde, maladroite, inadéquate et que sa place est à l’écart, pas au centre.

C’est celui qui se rêve en chef d’entreprise mais qui est persuadé d’être condamné à rester fonctionnaire toute sa vie, parce qu’on lui a dit que c’était plus raisonnable et qu’il devrait s’en satisfaire.


C’est celle qui dit oui à tout parce qu’elle pense qu’à force d’efforts, elle gagnera respect et affection. Elle pleure de rage quand elle se sent trop piétinée, mais elle tient bon, espérant qu’un jour, ça finira par payer.

Ou celle qui est en quête permanente et désespérée d’un regard de désir ou d’approbation, pour les trois secondes de soulagement que lui procurent ce moment, trois secondes pendant lesquelles elle oublie de se détester viscéralement.

C’est celui qui multiplie la conquête et l’accumulation de symboles de reconnaissance sociale et professionnelle qui suscitent l’admiration des autres, mais qui n’ont aucun sens à ses yeux.

C’est celle qui voudrait surfer mais qui reste sur le rivage, à regarder les autres, parce qu’elle a trop peur et qu’elle n’a pas l’énergie.

Ces personnalités , c’est le volcan qui gronde, l’eau qui cherche à faire craquer le barrage.


Oui, la boulimie ça me passionne, parce qu’en sortir, ça ne veut pas dire manger normalement ou retrouver de bonnes habitudes.

Ça veut dire trouver au fond de soi le courage de vivre sa vie pleinement, de faire taire les pensées noires, de se dire : « je ne suis pas parfait-e mais j’ai le droit d’être en vie et j’ai même le droit de vivre absolument heureux-se, pas juste de survivre. »

Pourtant, on peut donner l’impression d’avoir « de la personnalité », « du caractère », on peut donner l’illusion de « savoir où on va ».

Certain(e)s d’entre nous se cachent même derrière une façade d’agressivité, qui donne l’impression qu’on est solide et qu’on sait réclamer ce qu’on veut.

On donne souvent l’impression d’être des personnalités fortes, voire trop fortes même, envahissantes.

Dans les grands moments de la vie, quand tout le monde s’effondre, ces personnalités s’en sortent bien, parfois très bien.

Mais c’est la vie quotidienne qui déconne, qui abîme, qui rend tout moche, quand on est « à côté de soi ».

Alors, le salut n’est pas dans les grands principes philosophiques.

On s’en sort en réinjectant du sens dans son quotidien, en laissant s’exprimer sa vraie personnalité dans tous les petits moments qui semblent trop insignifiants pour compter et qui, pourtant, sont ceux qui maintiennent dans l’obsession alimentaire.


Et c’est parce que la boulimie, c’est bien plus qu’une histoire de gens qui mangent trop ou qui se font vomir, qu’aider les gens qui en souffrent à en sortir c’est passionnant.

Ce n’est pas en leur serinant des conseils alimentaires qu’ils connaissent par coeur mais qu’ils ne peuvent PAS appliquer – addiction oblige – qu’on les aide à s’en sortir.
C’est en leur montrant comme déployer LEUR VRAIE personnalité, comment trouver LEUR voie à eux, comment faire respecter LEURS limites.

En somme, c’est en apprenant à vivre sa vie à 100 % qu’on se libère de l’obsession alimentaire.

Masha Z.

* »Réflexe de survie » : expression de HERVAIS Catherine pour désigner la boulimie in Boulimie, anorexie : guide de survie pour vous et vos proches & Les toxicos de la bouffe.

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